Editorial

Depuis ses débuts, le festival « Brussels Jewish International Film Festival » met un point d’honneur à programmer des œuvres d’exception qui ont été récompensées dans de très grands festivals mais aussi à faire connaître le travail de réalisateurs encore inconnus du public, malgré la qualité de leurs œuvres.

En tant que BJIFF, ce festival sera bref. Sans thème particulier, mais non sans saveur comme nous allons le voir, il proposera une fois de plus des œuvres inédites ou non distribuées dans nos salles. Prenez place, vous n’allez pas le regretter.

Car le menu sera double cette année, farandole de délices juifs et arabes ! Le BJIFF s’associe en effet au 1er Festival Judéo-Arabe de Molenbeek, un événement se déroulant pendant la même période et dont nous nous faisons l’écho sur ce site.

Pour vous mettre en appétit, nous avons choisi d’ouvrir le festival avec Beyond the mountains and the hills, dernier film d’Eran Kolirin (auteur de « La visite de la fanfare » en 2007). Le réalisateur nous infiltre dans la vie d’une famille israélienne bourgeoise dont chacun des membres, poussé par on ne sait quel démon, s’écartera des normes convenues et transgressera des conventions bien établies.

Nous assisterons alors à leurs déconvenues, le monde nouveau tant recherché ne semblant pas au rendez-vous … La famille comme métaphore de la société israélienne ? Présent lors de cette avant-première du film, Eran Kolirin nous éclairera sur ses intentions.

Saveur venue d’Afrique, Lamb est un film éthiopien qui suit la vie d’un jeune garçon, Ephraïm, qui aime cuisiner (le  domaine des femmes) et de surcroit être un falasha*. Rejeté à la fois socialement et culturellement, Ephraïm entreprend un voyage dans lequel il devra protéger son seul ami : un agneau. Est-ce un clin d’œil à « had gadya », cette chanson intégrée au canon de la fête de la Pâque ? La comptine raconte en effet l’histoire d’un agneau acheté par le père, mangé par le chat, lui-même mangé ensuite par le chien … Quoiqu’il en soit le film est une traversée visuellement époustouflante de magnifiques paysages montagneux, où l’apparente douceur de la nature  cache pauvreté,  souffrance, injustice et rejet.

Beaucoup plus tannique, Los abandonados est un documentaire américain qui revient sur l’assassinat du juge Nisman en 2015, la veille d’une audience décisive dans l’enquête sur l’explosion de l’AMIA. Chargé par le Président Kirchner d’investiguer sur l’attentat contre ce centre culturel juif en 1994 à Buenos Aires, il fera les frais de retournements politiques. Avec cet assassinat, ce sont dix ans d’enquête, de soupçons et de volonté politique en Argentine qui ont été réduits au silence. Après la séance, les nombreuses questions posées par le film feront l’objet d’une discussion en compagnie de Claude  Moniquet, ancien journaliste et spécialiste du terrorisme international.

Mountain, le premier long-métrage de Yaëlle Kayam, jeune cinéaste israélienne, lève le voile sur un lieu étrange, celui du cimetière juif situé sur le Mont des Oliviers à Jérusalem. Une famille juive y vit. La femme s’ennuie et en attendant le retour du mari et des enfants parcourt inlassablement le cimetière. Une nuit, elle y est le témoin d’une vie nocturne qui va totalement la bouleverser. Seule dans sa cuisine, elle mitonnera les plats de cette confrontation du sacré et du profane. Un très beau film qui aborde un sujet sensible.

Enfin pour les palais les plus audacieux, parlons cuisine nouvelles et révolution culinaire avec le documentaire américain In search of Israeli Cuisine, un appétissant voyage à la rencontre des lieux, des chefs et des producteurs qui font la gastronomie israélienne contemporaine, loin des clichés d’une cuisine provinciale voire rustique ; Une culture qui a déjà donné naissance à des chefs internationalement reconnus ! A travers un sujet apparemment futile (mais délicieusement divertissant), c’est toute la complexité israélienne que le chef Michael Solomonov – « Genius of Modern Jewish Cooking » – nous invite à découvrir.

Saupoudrez d’une séance de court-métrages et de quelques surprises à découvrir dans ces pages et servez chaud. Bon appétit !

*falasha : juif éthiopien. Le terme est considéré comme péjoratif par les Juifs éthiopiens qui lui préfèrent celui de Betha Israël

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